De la nécessité du média entre

Publié le par thinktank-frenchbasket

Le récent dérapage de Claude Onesta et de sa troupe sur le plateau de l'Equipe TV, sans qu'il soit ici question d'en juger puisqu'il s'est depuis excusé, nous a renvoyé au premier de ceux de Samir Nasri lors de l'Euro lorsqu'après avoir   inscrit le premier but bleu de la compétition il s'était tourné vers la tribune de presse pour exulter et signifier par le geste un "Ferme ta gueule" des plus agressifs.

 

La multiplication de ce genre de comportements des sportifs à l'égard des médias ne manquent pas d'interroger. Il ne leur est plus suffisant de donner la réponse sur le terrain de leurs performances comme s'était contentée de le faire la troupe d'Aimé Jacquet en 1998 après avoir subi pendant des semaines les attaques à charge de l'Equipe et son rédacteur en chef. Ils en viennent dorénavant à l'affrontement physiques quand celui des mots ne suffit plus.

 

A bien y regarder, il me semble qu'il s'opèrerait ici un ajustement des rapports de force entre l'acteur et ceux qui analysent sa performance pour le compte du grand public. Mais également une redéfinition des rôles.

 

Tous ceux qui sont asez vieux pour l'avoir vécu manifestent une forme de nostalgie de ce temps où l'Equipe, média sportif de référence, se comportait en "supporter" de l'exploit des athlètes, en restituait la dimension exemplaire pour ne pas dire romantique. Comme l'écho fidèle des actes de bravoure accomplis  par les gladiateurs des temps modernes. Et les mêmes se plaignent aujourd'hui de la tournure de plus en plus critique, pour ne pas dire acide, des analyses effectuées.

 

Mais c'est que, compte tenu de la possibilité qui est donnée au sport de se donner en spectale en direct dans tous les foyers par la voie des ondes télévisuelles, le seul récit n'a plus de sens. Il faut lui apporter de la valeur ajoutée, par la voie de l'expression de l'opinion, en amont ou en aval de l'événement. Les lignes éditoriales ont évolué. Il faut dorénavant livrer un contenu trés différent de celui de compter ce qui s'est déroulé.

 

Ce phénomène a récemment été amplifié par le fait qu'avec twitter, par exemple, il est devenu possible à tout un chacun d'entrer dans ce qu'il imagine être l'intimité du champion, là où le journaliste lui-même ne l'a jamais emmené.  Au grand dam des détenteurs de droits et de ceux à qui ils les ont confié et que leurs efforts dictatoriaux ne pourront juguler longtemps. Qui peut croire qu'aux prochains JO la loi du silence imposée par le CIO aux athlètes survivra ?

 

       

 

Il en a résulté de mon point de vue, consciemment ou inconsciemment, un élan d'indépendance des sportifs à l'égard des médias, qu'ils soient athlètes, fédérations, équipes, clubs, ... . "Puisque je peux dorénavant parler en direct à mes fans, en quoi ai-je besoin de m'encombrer des relations avec les médias ?". Notamment ceux de presse écrite et radio qui ne versent aucun droit. Et c'est vrai qu'il doit être grisant pour certains d'entre eux de se dire qu'ils peuvent, en un tweet, toucher bien plus de gens que ceux qui liraient une rubrique les concernant dans l'Equipe. Pour peu évidemment qu'ils aient bien fait tourner sept fois leur pouce sur le clavier avant l'envoi et s'évitent quelques boulettes trierwellienes.

 

Pourtant, j'en viens à ne pas douter que le public, avec le bon sens qui le caractérise, dés lors que sa pédagogie sera faite de l'utilisation des réseaux sociaux, sollicitera toujours le point de vue indépendant de personnes qualifiées pour analyser les faits : les journalistes. Cela impliquera aussi une exigence différente de la part des médias qui auront à se protéger aussi de la facilité de relayer ce qui fleurit sur ces réseaux comme s'il s'agissait de la vérité. Trop de journalistes donnent à la lecture des tweets et autres supports d'expression une importance que cela ne devrait jamais avoir : n'est-ce pas Mr le Rédacteur en Chef de l'Equipe qui fait fleurir dans ses pages les références à la tweetosphère ?

 

Aussi, en contrepartie, le mouvement sportif, plutot que de s'imaginer subitement plus puissant qu'il n'est, devrait veiller à contribuer intelligemment à la recomposition du paysage en entrant dans un échange, direct, constructif et transparent avec les médias pour leur donner tous les moyens d'exercer leur devoir d'analyse. Parce qu'il lui est indispensable qu'une capacité d'analyse éclairée s'exprime sur ce qu'il entreprend.

 

 

A cet égard, la renaissance de Basket News constitue une vraie bonne nouvelle. Elle ne s'inscrira de mon point de vue dans la durée que si la rédaction du magazine franchit définitivement le pas qui sépare la presse de narration de la presse d'opinion. Quitte à énoncer que Boris a quand même pris du bide ou qu'à un mois de Jeux historiques pour le Basket français, trainer en boite de nuit ne constitue pas la meilleure des préparations.

 

Allez !!! Suerte BN !!!

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Pierro 13/09/2012 22:02

Un sport sans presse spécialisée est voué à l'oubli, à vivoter dans son trou avant de pérécliter et de disparaître.

Le basket français vient d'en réchapper (pour combien de temps?) avec le retour de BN, seul média écrit traitant de tous les baskets à une féquence élevée. Certains l'ont oublié un peu vite, vexé
du traitement pourtant objectif est polissé de la rédac, lors d'une saison qui aurait du être magnifique mais les secondes post-titre n'ont pas glorifiées...

Si j'apporte mon soutien sans faille à cette rédac depuis des années (presque 2 décennies même maintenant!), c'est bien parce que ce sport en a un besoin vital. Qui peut rendre compte de
l'intérieur à part les journalistes? Qui peut analyser objectivement une performance? Pas les acteurs eux-mêmes, toute réaction à chaud étant forcément partiale et soumise à l'influs nerveux pas
encore redescendu...

S'il suffisait de poster quelques caractères sur un réseau social (detiné à ceux qui pensent de la même manière, ont les mêmes goûts, etc.) pour être Journaliste, il y aurait autant de
"spécialistes" que de smartphones en circulation...

La profession a encore de l'avenir, reste à écrire la suite de l'Histoire.