Basket et droits TV

Publié le par thinktank-frenchbasket

Le sujet est sensible, la croyance française étant que le développement d'un Sport ne peut passer que par la couverture télévisuelle selon la "chaine alimentaire" bien éprouvée par le football : contrat TV =>audience =>optimisation du sponsoring => recrutement de stars => meilleurs contrats TV => meilleure audience => etc....

 

Alors en poste à la FFBB au milieu des années 90, j'avais déjà eu l'occasion de m'interroger sur la transposition de ce modèle au Basket. Pour deux raisons :

 

1/ une croissance forte des audiences ne peut passer que par une culture bien acrée de la discipline dans les esprits des téléspectateurs. Or, à la différence du football parce qu'on y a tous joué dans la cour ou du rugby parce qu'on a occupé nos samedis aprés midi d'hiver à regarder les matches du tournoi des 5 nations, le Basket ne jouit pas de ce socle culturel puissant. Et le retard accumulé ici ne se compensera plus, les cartes étant distribuées. A quoi bon dés lors nous situer sur le même terrain que des concurrents de toutes les façons mieux armés que nous.

 

2/ le basket est un mauvais produit télévisuel. Parce que dans un match de Basket, par essence, il se déroule une action décisive toutes les 24 secondes. Pour celui qui n'est pas passioné, qui n'a pas les grilles de lecture adéquate, un tel gavage devient vite indigeste. Et la consultation des courbes d'audience sur un match de Basket confirme cela : au bout de 5 minutes, les gens quittent la chaine, pour y revenir pour certains d'entre eux seulement, pour les derniers instants. Et cet effet sur l'audience est tout bonnement inacceptable pour un diffuseur.

 

C'est ce consat sans concession qui m'avait convaincu  de cesser de fantasmer sur la diffusion de rencontres sur un réseau hertzien et d'accepter la stratégie de niche suggérée, pour ne pas dire imposée, par le groupe Canal. D'une diffusion sur le premium à une diffusion sur les chaines satellites généralistes puis sur la chaine satellite dédiée au sport.

 

Ou en sommes-nous 15 ans après ? à une quantité importante de diffusions de rencontres, celle-là qui nous vaut d'être régulièrement classé dans le top 5 des sports les plus télévisés. Mais aussi à une trés faible quantité de téléspectateurs présents devant les écrans, la fourchette 20 à 80.000 abonnés présents devant Sport+ pour un matche de PROA correspondant à une réalité qu'il m'a été donné de constater lors de mon bref passage au sein du Groupe Canal+.

 

A cela une raison essentielle : Comme nous n'avons jamais pleinement assumé la stratégie de niche évoquée plus haut, nous n'avons jamais mis en oeuvre les moyens adapatés à son accompagnement. Nous n'avons par exemple jamais fait les efforts pour optimiser la présence de notre coeur de cible, les licenciés de Basket, devant leur écran. Et nous avons payé ici comme ailleurs cette idée fixe que LNB et FFBB ne peuvent pas, ne doivent pas travailler ensemble, le basket pro réclamant depuis toujours une totale indépendance à l'égard de la maison fédérale pour des raisons que je n'ai jamais trop pu comprendre. Pourtant, nous aurions eu tout à gagner à exploiter les fichiers des licenciés fédéraux pour communiquer en leur direction les dates, heures, et contenus des programmes dédiés au basket pro.

 

Mais peu importe les raisons de cet échec si pour finir on accepte le principe que la situation du basket à la TV est un échec. D'ailleurs, sur ce point, la LNB semble me rejoindre elle qui a dénoncé le contrat la liant à Sport+. Reste à s'assurer que la motivation de cette dénonciation correspondait à un juste diagnostic de la situation ou bien si elle résultait encore une fois du fantasme d'un meilleur contrat, pale copie du foot ou du rugby , la chimère Al-Jazira se présentant au loin.

 

En effet, ma conviction est que le moment est venu d'envisager toutes les alternatives à la couverture télévisuelle classique. Ou qu'en tout cas, dans le cadre des discussions qui vont s'ouvrir, il faudra bien isoler les droits TV des droits internet et internet mobile sauf à considérer que le diffuseur paie le juste prix de l'ensemble de ces droits et ne profitent pas de son pouvoir d'attraction (la diffusion TV) pour geler tous les autres droits.

 

Pour être précis, mon appréciation est que si un télédiffuseur ne paie pas 20m€ au moins par saison pour obtenir des rencontres, alors on ne doit lui vendre que le droit de diffuser sur son antenne et seulement son antenne le nombre de rencontres convenues, et que tous les autres droits de toutes les rencontres qui ne seraient pas diffusées doivent rester propriété de la LNB et des clubs.

 

Ainsi, nous nous préserverions une marge de manoeuvre pour ce qui constitute l'avenir de la couverture médiatique d'un sport, soit l'internet mobile. Si vous avez des ados à la maison, vous aurez sans peine constaté qu'ils partagent de moins en moins de programmes TV autour du poste familiale. Mais que par contre ils passent de plus en plus de temps devant l'ordinateur et internet pour se gaver par exemple d'hightlights NBA ou bien encore de rencontres en direct. C'est cela l'avenir. C'est autour de cela que notre sport doit envisager son futur sur les ondes. C'est cela qu'il faut ABSOLUMENT préservé dans les prochains contrats TV. Le télédiffuseur ne doit plus acheter que les droits qui le concernent et le reste doit être gardé libre.

 

Entendons nous bien : Je n'invente rien. La Ligue Féminine de Basket sous l'impulsion de son Président d'alors, Jean-Pierre Suitat, devenu Président de la FFBB, a développé un plan de développement autour de la diffusion sur le net. Pour les résultats probants que l'on connait. La FFBB vient d'impulser la diffusion de prochain CSP/ASVEL de Coupe de France sur le net. Il faut poursuivre dans cette voie. C'est cela qui doit devenir le sujet central des discussions lorsqu'on parle de médiatisation de notre sport, et non plus le prochain contrat TV. A moins, encore une fois, qu'on en tire 20m€ ou plus.

 

En somme, il est urgent de ne pas se précipiter, surtout avec la possible attribution d'un réseau TNT au sport, et d'éviter de signer un contrat qui bloquerait nos parges de manoeuvre pour la suite.

 

Enfin, si j'en reviens à mon scénario de Superligue et de 1ère division nationale ( Vite, une Ligue fermée !!!! ), nous laisserions le contrat TV à la superligue et nous privilégierions les couvertures internet mobile et/ou TV locales pour les clubs de la 1ère division nationale.

 

 

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NicoD. 11/03/2012 21:53

Vous avez raison. Pour une compétition qui n'est pas majeure (aux yeux des diffuseurs, cela s'entend) le montant financier doit effectivement n'être accessoire. L'important, c'est de progresser en
notoriété, de s'implanter dans le PAF sportif et dans le coeur des spectateurs.

Récemment, la Pro A masculine de volley a cédé ses droits TV à Ma Chaîne Sport pour 0 €. Il faut dire que la compétition n'avait pas de diffuseur la saison dernière. Mais c'est probablement
gagnant-gagnant :
- 1 match de Pro A par semaine
- Quelque matches de Pro A féminine
- 1 magazine (promis mais pas encore mis en place) : Tribune Volley
- Possibilité des diffuser les autres matches sur Internet (Lorenzi TV) et sur les chaines régionales (France 3 Poitou-Charentes)

antony thiodet 11/03/2012 00:37

La co-diffusion est aussi un bon concept nicod. Si tant est qu'on n'ait pas vendu au prealable son ame au diable au diffuseur primaire. Et si la remuneration du contrat n'etait a considerer que
comme un accessoire de la nego de ce contrat ? J'ai peur helas que les dirigeants de la LNB privilegie cela, emoustilles qu'ils sont par la situation de concurrence entre c+ et al jazira sur
laquelle ils fantasment....

NicoD. 10/03/2012 15:14

L'exclusivité cantonnée aux matches retransmis par la chaîne acquérante est effectivement une excellente idée. Des matches retransmis sur les déclinaisons régionales de France 3 ou sur les chaines
locales de la TNT peuvent contribuer à l'enracinement local des clubs de basket.

Autre possibilité également, la co-diffusion d'un "évènement" entre une chaine sportive et une chaine de la TNT gratuite.

L'évènement permet de faire découvrir le produit Pro A au plus grand nombre et est une promotion pour la chaîne propriétaire des droits. Pour la chaîne de la TNT, le coût est minime (puisque les
images sont produites) et cela la rend abordable même pour des petites chaines.

Pierro 10/03/2012 11:44

M. Thiodet, je découvre votre blog après en avoir eu connaissance dans Basket News, et j'apprécie beaucoup de lire (enfin!) ces analyses, venant de a part de quelqu'un qui a eu un rôle majeur dans
les instances et l'un des meilleurs club français.
Vous légitimez ce que pensent nombre de passionés, mais dont l'avis est cantonné à des forums spécialisés.

Pour en revenir à votre article, vous écrivez "...jamais mis en oeuvre les moyens adapatés à son accompagnement...": comment fidéliser un public lorsqu'il y a 1/aucune communication sur les
programmes et 2/que l'horaire de diffusion change toutes les semaines!
Je suis révolté par le manque de considération du groupe C+ pour les fans de basket, quand d'un vendredi à l'autre la chaîne n'est pas capable d'avoir un horaire fixe!

La diffusion "classique" télévisuelle n'est plus le vecteur à privilégier et si j'avais la possibilité de voir le match de Pro A que je désire sur le net, je n'hésiterai pas 1 seconde!